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28.04.2008

Elisabeth Motsch raconte l'autisme

96f2a776b2330087536497fa72f4925d.jpgc8b0968e36d97b08b02d40323dc5a1de.jpgGabriel marche à grands pas. Sur ses “jambes fil de fer”, il avance et contourne les obstacles de manière saccadée. Son corps semble ne pas lui appartenir, lui qui est si doux, si fluide, ses pas démesurés trahissent sa maladie. Gabriel est en décalage avec le monde comme il se sent étranger à son propre corps, “Gabriel n’aime pas attendre, ou plus exactement, son corps n’aime pas attendre. Lui est patient, très patient, il peut rester des heures à faire la même chose.” Gabriel est asperger et il sait expliquer ce syndrome autistique tant haï parce qu’il a conscience de sa difficulté à s’adapter au monde, “Ça veut dire que je ne sais pas communiquer. Pourquoi je suis comme ça ? L’autisme, c’est un truc de nul !
LA SAVEUR D’UNE JOURNÉE D’ÉTÉ
Loin devant ses parents, Ariane et Pierre, Gabriel progresse sur le chemin de cette colline bourguignonne, curieux de tout, il furète, explore à son propre rythme. Il recherche la bécassine de Wilson, ce petit oiseau des marais au long bec disproportionné. Par cette belle journée d’été, la famille profite de la promenade, hume l’air odorant, chemine calmement en compagnie de Friedrich, un ami allemand. Dans ce temps comme arrêté, propice aux confidences, Ariane et Pierre conversent avec Friedrich sans contraintes. Ils racontent leur chemin de vie, semé d’embûches, la douleur, la déception, l’incompréhension, le regard des autres, la différence, le rejet, le désespoir mais aussi les grandes émotions et les moments de joie. Contrairement à nombre de parents d’enfants autistes, ils sont restés unis dans l’adversité. Ainsi, Ariane raconte les psychiatres qui recherchent avec obstination une cause psychiatrique et non biologique à l’autisme, faisant vivre aux parents une remise en question douloureuse. “Père démissionnaire”, “mère frigidaire” ? Les parents coupables, toujours. Au sein de cette famille aimante, on ne croit pas à cette théorie. Quand ils finissent pas découvrir sur Internet le syndrome Asperger, ils mettent enfin un nom sur la maladie de leur enfant, pourtant, plus Gabriel grandit plus les difficultés se multiplient, l’école rejette cet enfant qu’elle déclare inapte à suivre le programme scolaire ordinaire et les conseils de placement en hôpital de jour alors que Gabriel est capable de vivre normalement sont comme de terribles blessures. Chaque organisme spécialisé exclut un peu plus le jeune garçon pour, paradoxalement, permettre son intégration.
LUCIDITÉ, AMOUR, ESPOIR
Si les paroles d’Ariane sont aussi justes et si touchantes, c’est sans doute parce qu’elles sont vraies. Mère d’un adolescent asperger, Elisabeth Motsch a déjà écrit un livre pour la jeunesse intitulé “Gabriel” (L’Ecole des Loisirs) sur le thème de l’autisme. Le court roman (une centaine de pages) prend alors valeur de témoignage même s’il s’agit bien d’une fiction, l’écriture simple et émouvante dessinant les contours d’une journée colorée et les traits de personnages attachants. Au fil de la journée, la vie de Gabriel défile et les acteurs se réunissent. Pour le dîner, son ancienne maîtresse, un psychiatre, des amis et sa famille s’attablent et prennent conscience que ce jeune garçon si discret, si naïf et innocent est devenu le centre de leurs existences. Quand l’orage éclate, les passions et les non-dits s’expriment et s’expliquent alors que Gabriel revient. En chemin, l’enfant plein de vie a rencontré le vieux Louis qui souhaite se donner la mort. Avec simplicité, Elisabeth Motsch évoque cette confrontation du bonheur et de la tristesse, de la vie, de la mort et de la maladie dans un récit délicat et lucide où apparaît, en filigrane, un message d’espoir.
"La Bécassine de Wilson", Elisabeth Motsch, Actes Sud, 117 pp., env. 16 €
Critique parue dans le cahier "Lire" du 25/04/2008
crédit photo: Actes Sud

Ecouter des livres

f6c4c38578e767d63bbbb711e4e8b5f0.jpgLes livres audio existent depuis longtemps en France et en Belgique, mais ils étaient souvent destinés aux enfants ou aux personnes souffrant d’une incapacité à lire. Désormais, les initiatives de développement du livre audio pour adultes se multiplient; tels “Ecoutez lire” qui compte déjà une soixantaine de titres pour les éditions Gallimard et “Audiolib”, pour les éditions Hachette, Albin Michel et France Loisirs, dirigé par Valérie Lévy-Soussan. Lancé le 13 février avec douze titres grand public, “Audiolib” étoffe peu à peu son catalogue : Milena Agus, Jean-Christophe Grangé, Marc Levy, Amélie Nothomb, Douglas Kennedy, David Servan-Schreiber… Sa particularité ? Proposer des titres de livres récents en version intégrale grâce aux C.D. mp3 qui peuvent contenir plus d’une dizaine d’heures d’enregistrement, et créer une véritable place pour les livres audio au sein des librairies, pas seulement au rayon multimédia.
Valérie Lévy-Soussan, comment tout a commencé ?
En Allemagne et en Angleterre, le marché du livre à écouter progressait très vite mais en Belgique et en France, l’offre restait très limitée même s’ils existaient depuis longtemps. Cette nouvelle tendance est favorisée par les lecteurs mp3.
“Audiolib” s’adresse-t-il à tout type de public ?
Oui, pour tous les âges. Ce n’est pas seulement pour les personnes âgées ou celles qui ont des problèmes de vue, mais pour des gens qui ont envie d’écouter une histoire chez eux ou en voyage, en voiture.
Pourquoi ressemblent-ils aux livres et combien ça coûte ?
La ressemblance, c’est pour associer immédiatement le livre audio au livre papier. L’idéal, c’est qu’ils soient côte à côte dans la librairie. Ils sont au même prix, parfois le livre audio coûte un ou deux euros de plus mais pas plus !
Comment choisissez-vous les narrateurs ?
Il faut quelqu’un qui sache lire d’une manière particulière parce qu’il ne faut pas trop jouer. Les auteurs qui lisent leurs propres textes, comme Eric-Emmanuel Schmitt ou Philippe Grimbert, c’est une bonne chose, cela introduit une dimension de témoignage. Sinon, ce sont des comédiens que l’on choisit en fonction de leur voix et de leurs affinités avec le texte.
Diversifierez-vous le catalogue ?
Pour le lancement, nous avons choisi des titres de livres qui se sont très bien vendus. Plus tard, on fonctionnera plutôt avec des coups de cœur puis en expérimentant d’autres genres. Pour l’instant, on peut écouter de la littérature et des livres de psychologie ou de développement personnel.
Qu’est ce que cela apporte à l’auditeur d’écouter les livres plutôt que de les lire ?
C’est une manière d’entendre le texte. On entend des choses qui nous ont échappé à la lecture parce qu’on lit souvent très vite. Parfois, on ne s’attache pas suffisamment à la musicalité et le fait de dire et d’écouter, cela rend vivant un texte. Aujourd’hui, on est de plus en plus devant des écrans, les gens ont besoin d’écouter des textes collectivement et de partager leurs découvertes. La trace émotionnelle de la voix est aussi très importante, elle porte beaucoup d’affect.
Rencontre parue dans le cahier "Lire" du 25/04/2008

23.04.2008

Marie-Eve Sténuit et les bronzes de Bruxelles

8c9956124f562bcbe91e4e638733b8c1.jpgBruxelles, par une belle nuit d’été de l’an 2003, 23 heures 59 minutes et 59 secondes”, la statue de bronze du roi Albert I er s’éveille. Au même instant, Godefroid de Bouillon, Manneken-Pis, Thyl Ulenspiegel et sa tendre Nele, t’Serclaes et l’Homme de l’Atlandide répondent à l’appel du Roi et se dirigent vers le lieu de rendez-vous. La ville de Bruxelles est assiégée et ils doivent s’unir pour la défendre. Mêlant le merveilleux du conte au fantastique de la modernité, Marie-Eve Sténuit narre avec humour les victoires et déboires de ces statues combattant contre de bien étranges mammifères envahisseurs. “Le bataillon des bronzes” (Le Castor Astral, 150 pp. env. 13 €) est un conte urbain magique qui montre qu’à Bruxelles, tout peut arriver.
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Comment avez-vous eu cette idée si originale ?
Il est arrivé un petit incident à la statue du roi Albert devant laquelle je passe très souvent car je travaille beaucoup à la Bibliothèque royale. Comme je le raconte au début du conte, il y avait un parapluie accroché à l’étrier de la statue. Je pense qu’il y a quelque chose de formidable à être statufié après sa mort, c’est un honneur mais si d’aventure les statues avaient une âme, cela doit être tragique quand on a été quelqu’un d’actif de se trouver là, statufié, en simple spectateur. Ce pauvre roi Albert était là, ridicule avec son parapluie et il ne pouvait même pas agiter le pied pour le faire tomber. J’ai voulu donner une chance aux statues de leur faire reprendre du service.
Pourquoi ces statues ?
Chaque personnage est pris d’une façon symbolique. Simplement pour ce qu’ils représentent. Godefroid, c’est le chevalier moyenâgeux type et je ne pouvais pas écrire un livre sur Bruxelles sans Manneken-Pis. Ils sont sept, le chiffre symbolique, magique, le chiffre des contes.
Ces personnages sont très comiques…
Ce qui est drôle, c’est de confronter des gens très différents. Ils ont leurs caractères tout en étant complémentaires. Ils se retrouvent dans une action qui se passe aujourd’hui, mais le but était de les faire parler, penser et agir en fonction de ce qu’ils étaient de leur vivant. Ils arrivent chacun avec leurs connaissances, leurs philosophies, la morale de l’époque à laquelle ils appartiennent.
Vous êtes historienne de l’art et archéologue, comme votre père Robert Sténuit, l’un des pionniers de l’archéologie sous-marine. On ressent l’importance de l’histoire pour vous.
Oui, je ne peux pas m’empêcher de glisser une petite référence historique. C’est la vie, l’Histoire, ce n’est pas du tout quelque chose de mort, c’est l’Histoire qui influe notre manière d’agir et de penser aujourd’hui. Ça me permet aussi de rendre un hommage à Bruxelles.
Bruxelles apparaît comme un personnage à part entière, il y a une atmosphère particulière.
J’ai écrit ce livre en me promenant dans les rues de Bruxelles, en m’imprégnant de l’atmosphère de ses rues. J’ai redécouvert Bruxelles en revenant y vivre. J’y suis née, j’y ai fait mes études, mais j’ai longtemps vécu à l’étranger et c’est en revenant, quinze ans plus tard, que j’ai trouvé Bruxelles bouillonnante d’activité, pleine de gens intéressants, extrêmement variés. Je l’ai plus aimée en y revenant que quand je l’ai quittée. On ne se rend compte des choses qu’on aime que quand on en a été privé.
Rencontre parue dans le cahier "Lire" du 18/01/2008 
crédit photo: Johanna de Tessières

22.04.2008

Maryse Wolinski : un roman de la transmission

79cde007ae0216e67195ba8004a71935.jpgD’abord, il y a Marta, femme mystérieuse bousculée par l’Histoire. Brillante violoniste juive née à Prague, elle est consacrée à Vienne où les affres de la Seconde Guerre mondiale la rattrapent. Au sommet de la gloire, elle fuit à travers champs et forêts, aidée par un Autrichien, son amant Wilfried Strauss-Schriver qui finira par être fusillé, accusé de traîtrise. Recueillie par Pierre qui l’aimera immensément, elle se rétablit et donne naissance à une petite fille, Cécile, avant de s’enfuir de nouveau, quelques années plus tard, aux Etats-Unis d’Amérique, avec l’espoir illusoire de retrouver sa renommée passée.
Cécile, se sentant abandonnée par sa mère, n’a de cesse de rechercher une allure, un parfum, un signe de son retour, en vain. A dix-sept ans, elle part vivre sa vie et fait carrière dans le cinéma. De sa rencontre avec Simon Stern, gynécologue, naît Esther.
Esther ne ressemble à personne mais a hérité de la passion de la musique de sa grand-mère et son tempérament fougueux. Elle a fait le choix de se consacrer à l’humanitaire, une vie généreuse sans attache, pensant prendre la vie à bras-le-corps alors que ces voyages sont sans doute, aussi, une forme d’échappatoire. Car sur Esther pèse les non-dits de plusieurs générations, elle a des difficultés à trouver sa place et s’interroge sur la transmission : “Que de difficultés à surmonter entre une grand-mère amnésique ou mythomane et déjà sur l’autre rive, un grand-père perdu dans des rêves périmés, une mère décidée à abattre les montagnes du passé et un père qui n’a pas laissé de traces ! Peut-on se construire sans histoire originelle ? Peut-on grandir ? Peut-on aimer ? Peut-on connaître le bonheur ? Le bonheur se passe-t-il de vérités ?”
SENTIMENT D’ÉTRANGETÉ
Maryse Wolinski, journaliste et auteure de nombreux romans, raconte ces trois femmes qui se perdent dans leurs pensées et replongent dans leurs souvenirs mettant à jour blessures et tristesses, déceptions et joies, en ce jour particulier : les 90 ans de Marta.
Malgré une fin assez prévisible, Maryse Wolinski dresse le portrait d’une famille matriarcale, un roman-miroir qui pousse le lecteur à s’interroger sur sa propre histoire, à l’image d’Esther. Dans quelle mesure sommes-nous les héritiers des générations précédentes ? Comment trouver sa place quand on connaît si peu le passé de sa famille et que les non-dits et les secrets règnent ? Faut-il briser ces tabous, aborder ces sujets que l’on devine douloureux mais cruciaux ? Dans une écriture élégante, l’auteure explore ce sentiment d’étrangeté que l’on ressent parfois avec les membres de sa propre famille, ces personnes que l’on côtoie et que l’on croit connaître, mais qui se révèlent aussi de parfaits étrangers. Un roman subtil sur la filiation.
"La mère qui voulait être femme", Maryse Wolinski, Seuil, 216 pp., env. 17 €
Critique parue dans le cahier "Lire" du 11/04/2008

Bernard Quiriny et ses fantastiques nouvelles

551e193508dd60ccb0cff0f0270326bc.jpgOn rencontre une foule de personnages étranges dans les “Contes Carnivores”. Un évêque victime d’un dédoublement de corps s’efforçant de cacher l’un pendant qu’il habite l’autre : “ Songez aux difficultés que présente le moindre déplacement dans l’état qui est le mien ! Il me faut emmener mon corps dans mes bagages, sans quoi je risque de revenir là où je me suis laissé” souligne-t-il dans “L’épiscopat d’Argentine”; un homme percevant les conversations qui le concernent même quand les personnes se trouvent à des centaines de kilomètres ou bien un botaniste tellement passionné par ses plantes carnivores que la situation en devient malsaine : “ L’une des feuilles s’est alors élancée vers ma main et l’a mordue. Si je n’avais pas eu le réflexe d’ôter mon bras, elle m’aurait arraché le poignet […] Merveilleux, non  ?”
Merveilleux. Les quatorze nouvelles de Bernard Quiriny basculent plutôt du côté du fantastique. Le brillant auteur, à peine trentenaire, né en Belgique et journaliste à Chronic’Art, signe un deuxième recueil extra-ordinaire, à l’écriture classique et soignée, où chaque mot choisi suscite d’impatients frémissements chez le lecteur. Loin du spleen des auteurs en mal d’amour choisissant l’introspection et l’écriture comme moyens d’expiation de leur mal-être, Bernard Quiriny apporte une véritable bouffée d’air frais grâce à un style raffiné sans préciosité ni complaisance. On dévore ses “Contes carnivores” en essayant de deviner quelle fantastique histoire suivra, l’auteur surprenant toujours.
PIERRE GOULD
Les nouvelles faisant montre d’une imagination sans limites, on songe à Edgard Poe et à son Gordon Pym ou à Julio Cortázar pour sa manière de traiter le quotidien avec un soin du réalisme particulier, puis d’introduire l’élément perturbateur qui entraînera l’évaporation des repères. D’éléments étranges en situations rarissimes, Bernard Quiriny manie le fantastique comme Jorge Luis Borges : avec une humble érudition – des auteurs réels ou imaginaires nourrissent sa plume. On peut notamment y croiser Thomas de Quincey et son essai d’humour noir “De l’assassinat considéré comme un des beaux-arts” ou Pierre Gould, son personnage récurrent.
Présent également dans son premier recueil de nouvelles, “L’angoisse de la première phrase” (Phébus, 2005), qui a remporté le prix de la Vocation, Pierre Gould semble avoir plusieurs vies, se transformant au gré de son créateur. Une fois surveillant dans un internat de garçons, l’autre fois, poète cynique, voyageur, insomniaque, doux rêveur, possédant le don d’ubiquité, mais le plus souvent, écrivain (Pierre Gould, double de Bernard Quiriny ?), il est fascinant, voire, magique.
COMME PAR ENCHANTEMENT
On rencontre aussi des personnages poétiques qui n’en sont pas moins étranges dans ces “Contes carnivores” : un tueur à gages doté d’un sens de l’esthétisme et qui souhaite revendiquer la paternité d’une œuvre d’art, la jeune femme découvrant l’évêque aux deux corps, “Fascinée, je laissais mon regard aller de l’évêque vivant à l’évêque mort, très étonnée – et, maintenant sue la peur avait passé, presque enchantée – de savoir que demain le mort pourrait revivre et le vivant mourir”, mais aussi un amateur d’un art peu connu : l’assassinat. Considérant les marées noires comme “l’un des plaisirs les plus raffinés qui se puissent imaginer pour l’œil et l’esprit”, Pierre Gould (encore lui !) initie un lamaneur à la douce poésie de l’odeur du pétrole et à la beauté des plaques dérivant à la surface de l’océan. Ces esthètes insolites côtoient également “Quelques écrivains, tous morts” et une magnifique femme-orange : recouverte d’une peau d’orange, il faut lentement la peler pour en cueillir le fruit puis la boire à la paille. On finit aussi par s’étonner que de merveilleux artistes apparaissant au cours des nouvelles n’aient réellement existé, tels ce musicien qui a voulu “faire mugir la tour Eiffel” et le peintre sur œufs.
Les nouvelles de Bernard Quiriny résonnent et se répondent, Enrique Vila-Matas, personnage du premier recueil “L’angoisse de la première phrase”, préface avec brio les “Contes carnivores”. S’assimilant à Pierre Gould, il achève son savoureux texte avec ces mots, effaçant déjà les frontières entre réel et imaginaire pour semer le doute : “Ce livre ne serait-il pas de Pierre Gould, ne serait-il pas de moi ? J’en réclame la paternité.”
De quiproquos en curiosités, comme des légendes intemporelles, ces nouvelles fantastiques ravivent des frayeurs enfouies, intriguent, bouleversent et amusent, mais surtout, enchantent. C’est sans doute pour cette raison que Bernard Quiriny a choisi cette citation d’Ambrose Bierce en exergue : “Si ces faits stupéfiants sont réels, je vais devenir fou. S’ils sont imaginaires, je le suis déjà.”
Contes carnivores, Bernard Quiriny, Seuil, 245 pp., env. 18 €
Critique parue dans le cahier "Lire" du 18/04/2008

Sandrine Willems raconte une passion de miel et d'ortie

be26f9819896d4f6576686379858fb16.jpgNée à Bruxelles, Sandrine Willems vit aujourd’hui à Nice, au cœur de ce sud de la France qu’elle raconte si bien dans le roman “A l’espère”. De librairie en librairie, elle interprète des extraits, renouant avec son métier de comédienne, accompagnée d’un violoncelliste, Stanimir Todorov, qui joue des passages de différentes “Suites” de Bach. Outre ses propres écrits, Sandrine Willems enregistre des lectures, comme, récemment, “Mal de pierres” de Milena Agus.
Au cœur d’une Provence sans âge – éternelle –, sur fond de paysages de Camargue et sous le ciel du Lubéron, se tient “à l’espère” un homme en noir, le Caceiro : un braconnier. A l’affût, il traque sans relâche les bêtes qui peuplent les bois et les terres du Seigneur tandis que Mahieu, le vigneron, veille sur ses arbres, sa chèvre et son raisin. Rien ne trouble son existence paisible en osmose avec la nature, si ce n’est les coups de feu du braconnier qui résonnent. Mauve, ancienne épouse du seigneur, sauvage se nourrissant de racines et de fleurs, sorcière détenant tous les secrets des arômes et pouvoirs des végétaux, ceux qui guérissent comme ceux qui blessent, s’immisce dans la vie des deux hommes.
La vie s’écoule au rythme des saisons, à l’écoute de la nature, au milieu des vignes, des animaux, des arbres et des roses jusqu’à ce que la bienfaitrice, la sorcière aux doigts de fées, se passionne d’amour pour le braconnier. Celle qui soignait les bêtes et les protégeait, tombe sous la folie de l’amour pour le tueur. Une passion intense et sans limite, pour elle, désespérée pour lui – depuis la mort de son chien, peu de chose lui insuffle le goût de vivre. Le trio s’observe, s’épie, s’attend, se manque. Dès lors, les rôles s’inversent, l’amour dévorant de Mauve étouffe le braconnier qui fuit, alors qu’elle le traque inlassablement.
DOUCE CAMARGUE
Tel “Le parfum” de Süskind, il est des livres qui exhalent des sensations étranges. De “A l’espère” se dégagent des senteurs mais surtout, de l’animal, du végétal, les mots s’entremêlant comme les ronces qui recèlent des fruits cachés, comme le lierre grimpant sur la façade d’une maison, comme la texture de l’osier courbé. “A l’espère” est une ode à la nature vierge, sauvage, où l’harmonie règne car l’homme s’y fond comme un animal, ne modelant pas la nature mais l’embellissant, telles les vignes de Mahieu.
Cet amour effréné, profond, physique même, évoque celui qui lie le paysan à sa terre beauceronne dans “La terre” de Zola. Ici, pas de désir de possession mais un amour charnel malgré tout, quand Mauve s’endort au cœur des souches d’arbres, quand l’homme noir cherche le rouge des bêtes, quand Mahieu boit le lait de sa chèvre et prend soin de ses arbres fruitiers nourriciers.
Le roman de Sandrine Willems est régionaliste, mais au-delà du lieu, il est prétexte à la mise en scène de cette nature généreuse et au trio malheureux. Malheureux car à rechercher l’amour d’un chasseur, Mauve devient peu à peu sa proie. Un amour “comme une lutte acharnée” qui, de charnel devient carnassier, alors que la jalousie étourdissant Mahieu, il en vient à délaisser son raisin presque mûr.
L’histoire d’une passion palpable, magnifiquement écrite, au milieu des oliviers, entre pépiement des oiseaux et bourdonnements des abeilles.
A l'Espère, Sandrine Willems, Les Impressions Nouvelles, 224 pp., env. 18 €
Critique parue dans le cahier "Lire" du 04/04/2008

Aurelia Jane Lee et les frontières floues

cf0a995830cd8f321f2684299335b495.jpg0447dcbeed84e07181af5260d09abb96.jpgJeune auteure de vingt-trois ans, Aurelia Jane Lee publie déjà son troisième livre chez Luce Wilquin, “L’éternité pour jouer” (158 pp., env. 15 €). Récemment récompensée pour son recueil de nouvelles “L’amour ou juste à côté” avec le prix Franz De Wever de l’Académie royale, Aurelia Jane Lee, calme et réfléchie, nimbe son roman d’un brouillard de mystère. En plein été, des petites filles se réveillent dans un merveilleux jardin. Pourquoi sont-elles là ? Quel est ce jeu ? Sont-elles mortes ? Quelle est la part de réalité et de fiction ? Bien sûr, tout n’est que décor, pourtant le doute persiste, les frontières entre la vie et la mort, l’illusion et la vérité, les joueurs et les sincères se troublent. Aurelia Jane Lee brouille les pistes pour nous emmener dans un monde onirique, le paradis ?
“L’éternité pour jouer” est très esthétique, comme un tableau ou un film…
Je me suis donné des contraintes pour rester fidèle au monde du cinéma. J’ai voulu faire quelque chose d’assez visuel et emprunter des techniques cinématographiques. Le zoom, par exemple. C’est une manière de semer des indices.
La frontière entre la réalité et la fiction est parfois floue…
J’aime créer un dialogue entre l’art et le monde réel. Il y a beaucoup à gagner à développer des mondes imaginaires et être créatif, mais aussi à rester en contact avec la réalité. Si l’on peut établir des passerelles entre les deux, c’est enrichissant, tant pour l’écrivain que pour celui qui lit ou écoute la musique. J’aime l’échange, le fait qu’il y ait des vases communicants, c’est enrichissant de passer de l’un à l’autre et explorer avec des situations de fiction. Il y a un vécu réel et un vécu que l’on se fabrique avec notre expérience artistique.
La vie et la mort aussi s’entremêlent. Qu’est-ce que la mort dans “L’éternité pour jouer” ? Un jeu ?
J’ai voulu aborder la mort d’un point de vue symbolique parce qu’on peut être vivant sur le plan organique et mort sur le plan psychique, que ce soit par une incapacité à profiter des moments présents, ou bien en vivant dans un regret perpétuel ou en se projetant sans arrêt dans un futur. On peut parfois être mort quand on n’est pas présent dans sa vie. Il y a des petits temps de deuil. Il faut pouvoir prendre la vie comme un jeu. Comme le jeu de l’enfant qui apprend à apprivoiser certaines situations de manque ou de désillusion. Les activités ludiques de la prime enfance nous construisent et nous permettent de rebondir dans notre existence. A l’âge adulte, on ne joue plus vraiment, mais on fait des expériences artistiques et culturelles. A travers ce jeu, on prend des risques mesurés, c’est une manière d’apprendre à vivre et d’affronter ses peurs, la mort, le manque, la perte.
Vous poussez le lecteur à la réflexion en troublant les limites ?
Oui, j’aime laisser le lecteur sur une certaine ouverture pour qu’il s’approprie le roman avec son propre vécu. Je n’aime pas les romans avec une situation que se dénoue totalement, un épilogue, les réponses à toutes les questions et des réflexions sur le roman. Je crois que c’est à chacun d’imaginer le destin de ces petites filles. Il y a parfois un flou pour le lecteur parce que je laisse une certaine ambiguïté. Je sème des indices pour plonger le lecteur dans la perplexité et aussi pour le pousser à la réflexion. S’il y a quelque chose de flou, le lecteur est actif dans sa lecture. C’est une manière de lui laisser sa place.
Rencontre parue dans le cahier "Lire" du 21/03/2008

Jean Teulé dresse le portrait d'un marquis cocu

8b681ffe2c3129a503c77331993451c9.jpga7e6961255dd750942329d0ee311c9d1.jpgLa marquise de Montespan fut la favorite la plus importante de Louis XIV. Comme le souligne Jean Teulé, “l’homme le plus puissant du monde avait pour femme la plus laide et la plus abrutie du monde. Il s’est donc tourné vers la femme la plus belle d’Europe : la marquise de Montespan.” C’est en feuilletant une revue d’histoire que Jean Teulé s’est rendu compte que la marquise avait un mari : “Le marquis de Montespan, le cocu le plus célèbre du XVIIe siècle”. Après quelques recherches historiques, l’auteur se décide : il rendra hommage à ce personnage oublié.
Si, depuis quelques années, Jean Teulé redonne vie à des hommes ayant réellement existé – Verlaine, Villon… –, c’est parce qu’il essaie “de faire des portraits de personnes que je ne rencontrerai jamais mais que j’aurais vraiment aimé rencontrer.” Ce qui l’intéresse, “ce sont les autres humains” et c’est en effet avec beaucoup d’humanité, de tendresse et d’admiration que Jean Teulé retrace la vie de Louis-Henri de Pardaillan, marquis de Montespan, le seul homme qui ait affronté le monarque absolu, à avoir contesté sa légitimité, à s’être levé et avoir dit : “Non, ce n’est pas normal que cet homme baise ma femme” avec un incroyable culot mais aussi preuve d’un immense courage. Au XVIIe siècle, avoir sa femme dans le lit du monarque était un honneur, un grand privilège. Seul le marquis, Gascon entêté et fou d’amour, s’est opposé à ce commerce en s’illustrant par de nombreuses frasques qui ont fait de lui la risée du royaume. “Il avait fait des choses vraiment marrantes comme aller voir un tas de prostituées pour attraper des maladies vénériennes, violer sa femme et contaminer le roi. Il avait aussi mis des ramures de cerf sur son carrosse pour symboliser les cornes de son cocufiage.” Outre ces choses insolites, “il avait des idées belles aussi, comme faire les obsèques de son amour. C’est une idée que j’aurais aimé avoir.
AUTRE IMAGE DE LA NOBLESSE
Si Louis XIV avait décidé de ne pas tuer Montespan, c’est que le pape exerçait une pression sur lui en le menaçant d’excommunication. L’affaire privée devenait affaire d’Etat. Il semble que ce héros ait attendu un auteur de la verve de Jean Teulé pour ressusciter et faire le récit de son amour incommensurable et fidèle, si rare à l’époque pour les nobles, celui d’un homme qui déclara sur le point de mourir “Je n’aurais eu que la gloire de l’avoir aimée”. Avec beaucoup d’humour, Jean Teulé apporte une vision de l’aristocratie différente de celle des films de cape et d’épée : “Ils sont beaux, tout poudrés, on a l’impression qu’ils sentent la savonnette, mais pas du tout ! Louis XIV a pris un bain dans sa vie, en 1665, et il est mort en 1715, il faut imaginer ce que cela pouvait être d’être la maîtresse d’un homme pareil ! C’étaient des sagouins. Plus ils étaient riches, plus ils étaient sales. J’insiste pour montrer toute la crasse de l’aristocratie française face à un homme d’une pureté extraordinaire.
Loin de la rigidité des biographies, “je voulais qu’on rigole et qu’on soit aussi un peu bouleversé”, Jean Teulé réussit à donner vie avec gaieté mais aussi émotion à un personnage qui lui ressemble “grand, pas très beau mais avec un certain charme…”, première graine de la révolution de 1789.
Le Montespan, Jean Teulé, Julliard, 333 pp., env. 20 €
Rencontre parue dans le cahier "Lire" du 21/03/2008
Crédit photo : Etienne Scholasse

Anna Gavalda dans le tourbillon de la vie

a6613f43435425b8d038b20c6802c428.jpgAnna Gavalda. Ce nom, tout en assonance, évoque aujourd’hui un univers peuplé de personnages aussi vrais que nature, existant très fort, hommes, femmes, enfants, qui ont en commun le fait d’avoir été chahutés par les aléas de la vie. Des gens ordinaires, qui nous ressemblent en somme, mais à qui elle insuffle une énergie, un regard extraordinaires.
Anna Gavalda, c’est un immense succès, des millions de livres vendus et l’adaptation de son roman “Ensemble, c’est tout” au cinéma, par Claude Berri, et ce, dès la parution du recueil de nouvelles “J’aimerais que quelqu’un m’attende quelque part”. 99 999 exemplaires étaient prévus pour “La Consolante”, mais vu l’enthousiasme des demandes, l’éditeur a triplé la mise !
Si Anna Gavalda touche autant, c’est sans doute parce qu’elle a le don de créer une incroyable complicité avec son lecteur. Au fil des pages, la connivence s’installe et donne le sentiment d’être le seul détenteur d’un secret qu’elle a eu la générosité de nous confier; une manière de voir la vie. “La Consolante”, même s’il est plus sombre, ne déroge pas à la règle, ce roman est comme un doux “Ne t’en fais pas” murmuré à l’oreille. Le titre, magnifique, fait référence à la partie de pétanque que l’on joue pour du beurre, juste pour le plaisir, parce qu’on peut perdre la belle, voire la revanche, mais pas la consolante.
DES FEMMES
Au cœur de l’histoire, Charles Balanda, quarante-sept ans, architecte parisien. Il vit en décalage horaire, entre ses chantiers de construction, sa compagne, Laurence, très Chanel, et Mathilde, sa belle fille en pleine crise d’adolescence. Une vie normale, jusqu’à ce qu’une lettre vienne tout bouleverser. Trois mots qui arrêtent Charles dans son élan, son rythme : “Anouk est morte”, écrits de la main d’Alexis, son ami d’enfance, le fils d’Anouk. Cette mère célibataire, infirmière, était la générosité incarnée tout en étant totalement excentrique ; une voisine qui a été l’un des piliers de la vie du petit Charles. Il y avait aussi Nounou, vieux travesti qui gardait les deux enfants pendant qu’Anouk effectuait ses gardes ; de la magie et beaucoup d’amour enchantent l’enfance d’Alexis et Charles. Plus tard, l’architecte en pleine réussite professionnelle perd de vue la belle Anouk. Alors, empli de remords, il part sur un coup de tête à la recherche d’Alexis et à 400 kilomètres de Paris, rencontre Kate… Exquise Kate ! A la tête d’une arche de Noé, peuplée d’animaux, chiens, chats, chèvres, lama, poules, et d’enfants qui ne sont pas d’elle, tout un symbole. Aux yeux de Charles, cette grande ferme délabrée mais si… vivante et où règne la joie ne peut être que le paradis sur terre.
DU PETIT À L’ESSENTIEL
“La Consolante” se découpe en deux parties, comme la vie de Charles. Avant et après Kate. Avant, c’est une lente et inexorable descente dans les abysses du désespoir, du plus goût à rien, du gris. Après Kate, c’est la remontée, vers l’espoir, la félicité, vers des sentiments intenses qu’il n’a jamais connus auparavant, comme s’il découvrait le monde qui l’entoure avec les yeux d’un enfant. “Encore des bons sentiments, on va dire… Oui. Pardon. A défaut de faire de la bonne littérature, les gens généreux font de beaux personnages. Je dis pardon mais je n’en pense rien.” Anna Gavalda a raison. Certes, l’écriture, sans artifices littéraires ni pirouettes stylistiques, a ses défauts parce qu’on a parfois l’impression qu’elle écrit comme elle parle, pourtant, elle a le mérite d’être naturelle et spontanée, de faire entendre les personnages dont les voix sonnent juste et c’est déjà beaucoup. Cette scène de dîner où l’on retrouve la tendance à l’énumération, le “style Gavalda” en est savoureusement représentative : “Le dîner du samedi soir chez des gens bien élevés où tout le monde joue sa partition avec vaillance. Le service du mariage, les affreux porte-couteaux en forme de basset, le verre qui tombe, le kilo de sel que l’on déverse sur la nappe, les débats sur les débats télévisés, les trente-cinq heures, la France qui fout le camp, les impôts que l’on paye et le radar que l’on n’avait pas vu venir, le méchant qui dit que les Arabes font trop d’enfants et la gentille qui rétorque qu’il ne faut pas généraliser, la maîtresse de maison qui assure que c’est trop cuit pour le plaisir d’être contredite et le patriarche qui s’inquiète de la température de son vin.”
Anna Gavalda a l’art du peu qui fait beaucoup, du simple qui devient essentiel, elle conte toutes ces petites choses du quotidien peu dignes d’intérêt mais qui, une fois assemblées, font sens, ayant pour effet un réalisme saisissant. Comme si elle racontait la vraie vie mais en faisant rêver. Comme si elle écrivait une histoire pour enfants destinée aux adultes. Tel un miroir, “La Consolante” est le reflet de la vie avec ses aspérités, ses creux et ses bosses, puis, elle soulage, berce, adoucit, réconforte, console. Son roman a la saveur de la toute dernière histoire qu’on écoutait avant de s’endormir. “Tout est histoires, Charles… Absolument tout, et pour tout le monde… Seulement, on ne trouve jamais personne pour les écouter…"
La Consolante, Anna Gavalda, Le Dilettante, 640 pp., env. 24,50 €
Critique parue dans le cahier "Lire" du 14/03/2008

Michel Drucker et la lecture

4d252a6a5ce20750f9de9c7754475cda.jpgMichel Drucker a récemment publié sa biographie “Mais qu’est ce qu’on va faire de toi?” (Robert Laffont) où mémoires et anecdotes se confondent avec des réflexions sur le monde de la télévision. “Le succès de ce livre est tellement inattendu. C’est un tel bonheur, je ne savais pas que cela allait provoquer de telles réactions. Les téléspectateurs qui lisent ne sont pas des téléspectateurs comme les autres. J’ai pris goût à l’écriture, ça m’a donné envie de continuer.”
Vous dites que vous êtes venu à la lecture par l’image...
C’est vrai. C’est étonnant. Je n’ai rien lu, rien retenu de l’âge de 7 ans à 17 ans. Ce sont les adaptations télévisées de romans qui m’ont ramené à l’écrit. Les personnes aussi, Fabrice Luchini m’a fait découvrir Céline, Roland Barthes, Nietzsche et même La Fontaine. C’est en voyant “Les raisins de la colère” que j’ai eu envie de lire Steinbeck, etc. C’est aussi pour cette raison que je suis un ardent défenseur du service public. Si j’avais eu Luchini comme prof de français ou les grands producteurs de documentaires historiques en tant que professeurs d’histoire, j’aurais peut-être fait des études. Quand les adaptations sont bien faites, elles peuvent avoir un grand impact sur les enfants. Il n’y a pas que des mauvais élèves, il y aussi de mauvais pédagogues.
Que lisez-vous en ce moment ?
Des choses très différentes. Je lis Maupassant, Balzac et Zola et ce sont des téléfilms qui m’ont donné envie de lire ces auteurs.
Le thème de la Foire du Livre 2008, c’est “Les mots en colère”. Quelles sont vos colères?
Les premières colères rentrées, je les ai eues très jeune, quand je faisais des petits boulots. J’ai découvert ce que c’était d’être né du bon ou du mauvais côté du périphérique. Quand j’étais homme de ménage à Orly je ressentais quelque chose qui était une colère, un engagement politique, sans le savoir.
L’injustice vous met en colère?
Oui, la société à deux vitesses, les riches sont trop riches, les pauvres, trop pauvres. J’ai toujours été confronté à de petites gens, ceux qui regardent la télévision le dimanche après-midi, ce sont des gens qui ne sortent pas. C’est une France que je connais bien, je sais comment vivent les gens. Mes colères, j’essaie de les exprimer de manière intelligente, en invitant Philippe Geluck ou Nicolas Canteloup, mes émissions sont plus subversives qu’on ne le croit.
La colère a-t-elle été un moteur de votre réussite ?
Bien sûr. J’étais en colère contre tout, mon père, moi... Dans le livre, j’explique cela et aussi mes colères actuelles, les impostures du milieu de la télévision. Dans “Monstres sacrés”, il y a “monstres”...
Rencontre parue dans "La Libre" du 08/03/2008

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