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16.12.2008

Michel de Grèce

m.de grèce 1.jpgHistorien et romancier, Michel de Grèce ne cesse de mêler ses deux passions, explorant la grande Histoire pour y déceler des intrigues romanesques. Le nouveau roman historique, à l’écriture ténue, du prince de Grèce, cousin du duc d’Edimbourg, du roi d’Espagne et de la reine du Danemark, “Le vol du Régent” (JC Lattès, 353 pp., env. 20 €), se déroule en 1792, quand la France, à feu et à sang, fait faillite. Alors que les bijoux de la Couronne sont confisqués, Anne-Louise, belle joaillière et espionne pour l’Angleterre, s’entoure d’escrocs pour tenter le casse de l’Histoire : voler près de dix mille pierres précieuses dont le Diamant bleu et le Régent, le plus gros diamant du monde. Aventure, corruption, suspense, espionnage, et bien sûr, histoire d’amour – “il n’existe aucun domaine au monde, même le plus sérieux, où il n’y aurait pas d’amour” –, le récit de ce cambriolage mêle de riches intrigues.

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12.12.2008

Jean-Pierre Coffe

jean pierre coffe.jpgPlusieurs livres de l’indétrônable défenseur des vraies saveurs, Jean-Pierre Coffe, sont parus il y a quelques semaines. “Mes confitures” (Plon, 297 pp., env. 20 €) contient, outre de nombreux conseils sur la conservation, le dosage, le choix des fruits et leur apport calorique, de savoureuses recettes faciles. Paraît également une nouvelle collection : “Ce que nous devons savoir sur…” l’œuf, la pomme de terre, le beurre, la dinde, et bien d’autres, à venir. Ces petits volumes encyclopédiques (Plon, env. 18 €) révèlent les origines de produits de base, de la découverte, à notre assiette, agrémentées de recettes simples ou originales pour cuisiner ces aliments dont on sous-estime souvent la richesse. Rencontre avec le fin gourmet, auteur de ces livres à offrir ou à garder pour soi –de quoi agrémenter quelques repas de fêtes.

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28.11.2008

Daniel Charneux : "Nuage et eau"

nuage et eau.jpgUnsui ”, nuage et eau, moine itinérant. D’une écriture fluide, pure et simple, Daniel Char neux raconte la vie de Ryokan (1758 à 1831), moine zen japonais. Une vie intense, proche de l’essence du monde, en communion avec la nature, comblée par le vol des oiseaux, les jeux des enfants, le vent dans les feuilles, la croissance d’un bambou et les ricochets à la surface de l’eau. De sa belle écriture calligraphiée, Ryokan fige ces bonheurs purs pleins de sérénité avec des haïkus transcendés au crépuscule de sa vie par une rencontre avec une moniale, sage et aérienne, de quarante ans sa cadette, avec qui il entretint une correspondance poétique.

Unsui ”, nuage et eau, moine itinérant. D’une écriture fluide, pure et simple, Daniel Char neux raconte la vie de Ryokan (1758 à 1831), moine zen japonais. Une vie intense, proche de l’essence du monde, en communion avec la nature, comblée par le vol des oiseaux, les jeux des enfants, le vent dans les feuilles, la croissance d’un bambou et les ricochets à la surface de l’eau. De sa belle écriture calligraphiée, Ryokan fige ces bonheurs purs pleins de sérénité avec des haïkus transcendés au crépuscule de sa vie par une rencontre avec une moniale, sage et aérienne, de quarante ans sa cadette, avec qui il entretint une correspondance poétique.

Ce roman biographique, “Nuage et eau” (Luce Wilquin, 230 pp., env. 20 €), Daniel Charneux – professeur de français et directeur d’école –, l’a écrit après avoir reçu le prix Charles Plisnier en 2007 pour “Norma, roman”, comme s’il avait fallu un signe. Et si le récit de cette vie d’ascète semble si juste, empli d’images poétiques, c’est parce que Daniel Charneux a lui-même pratiqué le zen plusieurs années.

Comment avez-vous découvert Ryokan ?

Par les haïkus. J’ai acheté un recueil de Ryokan par hasard et j’ai immédiatement été fasciné par son œuvre et, plus tard, grâce à une biographie, par sa vie.

Vous avez publié “Pruine du temps”, un recueil de haïkus. Qu’est-ce que ce genre représente pour vous ? Quelles sont les contraintes ?

Un haïku, c’est un regard instantané sur les choses. Comme une photographie avec des mots. Le haïku classique contient dix-sept syllabes en trois séquences, il existe aussi des haïkus libres mais j’aime cette musique de dix-sept syllabes, les contraintes techniques sont indispensables à toute forme d’art.

La fluidité et la simplicité de l’écriture ressemblent à la beauté pure du haïku.

En tant que professeur de français, la beauté existe quand il y a adéquation entre la forme et le fond. Si cela fonctionne, cela me réjouit. J’ai essayé de raconter cette histoire de la manière la plus limpide, la plus classique, sans effets de manche.

La vie de Ryokan est-elle exemplaire ?

C’est un idéal que vous partagez ? Oui. Il suffit de s’interroger un peu sur nos vies. On ne comprend plus rien au monde, on passe le plus clair de son temps à des choses pas très nécessaires, il y a une phrase qui dit “on perd sa vie à la gagner”. Notre vie est faite de superflu et on oublie souvent l’essentiel. Ryokan comprend qu’un bol, une hutte, le vêtement qu’il porte et la lune dans le ciel suffisent. Les meilleurs moments que l’on a vécus sont toujours liés à l’émotion, une rencontre, un chevreuil qui passe dans un bois… rien de matériel. Ce retour à l’essence même des choses est l’idéal bouddhiste, il pourrait aussi être mon idéal.

Dans la vie de Ryokan, il ne se passe rien et, pourtant, elle est si riche, si remplie…

C’était un défi sans doute. Pour écrire au début, je m’obstinais à entrer en méditation puis je m’installais pour écrire un chapitre et dans cette solitude, je m’obligeais à ressentir les mêmes conditions de vie que le moine reclus. Cette sensation de vie remplie, c’est la beauté de l’union entre le vide apparent et le plein réel alors que nos vies sont plutôt inversées, apparemment pleines mais en réalité vides.

 

25.11.2008

Olivier Poivre d'Arvor

le voyage du fils.jpgUne femme, étrangère, à Paris. Recluse dans une chambre à Belleville qu’elle partage avec quatre ou cinq autres personnes, elle est venue chercher une vie meilleure. Alors qu’elle n’est pas concernée, la police frappe à la porte, et, paniquée, elle saute par la fenêtre.
C’est à partir de ce fait divers qu’Olivier Poivre d’Arvor a construit son roman, “Le voyage du fils”, dans la sélection du prix Renaudot. “Plus tard, quand j’ai lu que le fils allait faire le voyage de Chine pour ramener les cendres de sa mère, cela m’a beaucoup ému. Au-delà du jugement politique, cette histoire qui pourrait nous arriver, celle d’une mère et son fils, j’avais envie de la raconter.” Dans cette fin, l’écrivain, diplomate, directeur de l’Association française d’action artistique (AFAA, ministères des Affaires étrangères et de la Culture et de la Communication, devenue en 2006, CulturesFrance), se rend à Fushun dans le nord de la Chine pour rencontrer ce fils, puis il fera de même à Belleville où il s’imprégnera “de la peur à la tombée de la nuit, de ce cosmopolitisme incroyable”.
“Le voyage du fils” était né."
EFFETS DE MIROIRS
Accueilli par Thomas Schwartz, un écrivain, “la bonne conscience occidentale”, Fan Wen Dong , le fils, découvre que la vie idéale décrite dans les lettres de sa mère était bien loin de la réalité – la misère, la précarité, peut-être même la prostitution. L’incompréhension le gagne comme un immense vertige, lui, qui, comme sa mère, représente la figure de l’étranger, dans un monde totalement hermétique. Mais Anne Latour entre dans sa vie, à la faveur d’un accident de voiture. Grande bourgeoise du VIe arrondissement, elle réalise un documentaire sur Marguerite Duras; l’histoire d’amour se greffe à la sinistre réalité, devenant presque une fable. L’ombre de l’écrivaine plane alors sur le roman, avec la figure exotique de “L’Amant” chinois. “J’aime écrire avec quelqu’un d’autre”, explique Olivier Poivre d’Arvor. “Marguerite Duras m’a accompagnée au long de l’écriture.
Dans cette mise en scène de Paris, les personnages sont poétiques et sensibles, Olivier Poivre d’Arvor joue avec les effets de miroir et manie gracieusement la langue sans trop s’éloigner de l’image du “héros du XXe siècle, cet anonyme qui va du Sud au Nord contraint au déracinement pas seulement parce que l’herbe est plus verte ailleurs mais parce que c’est le désespoir total, une extrémité.
Olivier Poivre d’Arvor se défend d’avoir écrit un roman engagé, militant, mais en mettant les enjeux des sans-papiers en lumière, même s’il ne s’agit pas du cœur du “Voyage du fils”, avant tout sentimental, romanesque, romantique, il touche à la politique… et au rôle de la littérature. “Il n’y a pas que la loi et l’ordre qui doivent donner un avis sur l’immigration, l’émotion doit parler également. Je suis très surpris de remarquer que notre littérature est autocentrée, très peu engagée dans le réel alors que le monde est là, à tout instant.”
Tout en oppositions, mêlant fiction et réalité, Olivier Poivre d’Arvor livre une étrange histoire d’amour pleine de passion et de désillusion, un face-à-face entre l’exilé et la privilégiée. Orient et Occident.
Le voyage du fils
Olivier Poivre d’Arvor
Grasset,
248 pp., env. 16,90 €
Crédit photo :

26.09.2008

Nina Bouraoui

bd5bb87af92341b0b178e07cda0a6462.jpgQuand j’ai terminé ce livre, j’ai pensé que les prémices se trouvaient déjà dans Paris selon l’amour, un livre maladroit, avorté. C’est en quelque sorte une réparation .” Dans “Appelez-moi par mon prénom” (Stock, 112 pp. env. 14,50 €) , Nina Bouraoui reprend le thème de l’errance amoureuse : une écrivaine rencontre dans une librairie de Lausanne un jeune homme suisse qui a réalisé un film inspiré du journal de la romancière. La narratrice rentre à Paris, mais le souvenir de P. la hante. Avec pudeur et élégance, Nina Bouraoui décrit les débuts de la passion, une fièvre amoureuse belle et intense. Après “La voyeuse interdite” (prix Inter, Gallimard) et “Mes mauvaises pensées” (prix Renaudot, Stock) Nina Bouraoui peint une histoire d’amour entre un homme et une femme, à la fois moderne et classique, d’une écriture nouvelle, intime, délicate;

En quoi ce roman est-il en rupture avec vos livres précédents ?

Le mot “classique” est souvent utilisé dans le sens où le roman est écrit à l’imparfait alors qu’avant, j’utilisais beaucoup le présent. Le temps de la mélancolie s’applique à une histoire d’amour romantique entre un homme et une femme. Peut-être que la facture est plus classique parce que le vocabulaire est châtié... Tout est dans la retenue, même si le début de la passion est forte. J’ai voulu écrire un roman courtois, le classicisme est là.

L’enchaînement des phrases courtes donne un rythme particulier.
Il fallait retranscrire ce sentiment hypnotique des débuts tout en étant clair. J’avais la volonté d’évoquer le désir mais pas le passage à l’acte. On est dans la construction d’un fantasme, le parti pris est esthétique parce que j’ai toujours pensé que l’art avait pour mission de transporter le beau.

“Les mots couvraient la vie en entier et me semblaient plus larges que les images.” Dans le roman, la parole dépasse les images ?

La toile amoureuse est tissée de mots et puis, la protagoniste est une romancière, les mots, son univers. Comme si les mots étaient plus forts que le souvenir de l’image incarnée du jeune lecteur. Ils constituent une autre vérité.

Justement, pourquoi avoir choisi une romancière?

Le personnage me ressemble un peu et il se greffe une certaine fiction, nourrie de la réalité mais revisitée. J’ai toujours eu beaucoup de plaisir à écrire sur ce métier parce que je ne me sépare pas de ma vie, écrire et vivre, c’est un peu la même chose. J’aime aussi cette idée que lorsqu’on est amoureux, on ne peut plus écrire et quand on commence à écrire, on est moins amoureux. Ecrire un roman, c’est avoir un rendez-vous amoureux. Ce livre est aussi un hommage au couple Marguerite Duras/ Yann Andréa que j’ai eu l’honneur de rencontrer.

“Appelez-moi par mon prénom” est très romantique.

Dans le monde dans lequel nous vivons, où la sexualité est intrusive et où la pornographie est presque banale, écrire un roman pur et romantique est une forme de résistance. L’état amoureux transfigure une personne, il y a quelque chose d’obsédant; comment peut-on arriver à ne plus pouvoir se passer de quelqu’un du jour au lendemain? Paradoxalement, c’est le moment où l’on est le plus démuni, le plus abandonné à l’autre. La magie nous emporte mais cela enferme aussi.

19.09.2008

Delphine Bertholon

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Trois voix qui s’entremêlent, trois genres littéraires différents : le récit épistolaire, le journal intime et la narration. Trois personnages reliés qui ne parviennent pas à se retrouver mais tissent la trame d’une histoire passionnante : Madison, 11 ans, est enlevée sur le chemin de l’école par un homme déséquilibré. Enfermée dans une cave, l’écriture d’un journal intime devient son moteur de survie au cours des cinq années de non-existence. Tandis que sa mère lui écrit des lettres pour ne pas accepter la disparition, Stanislas, un jeune enseignant, demeure dans le souvenir de l’amour que Madison lui vouait alors qu’il se débat avec une vie sentimentale tumultueuse. Des personnages qui créent “une cartographie de l’absence”. Avec beaucoup de justesse et d’émotion, Delphine Bertholon explore le thème de la liberté dans “Twist” (JC Lattès, 434 pp., env. 18 €).

L’enlèvement d’enfant est un sujet délicat, surtout avec les affaires récentes…

Mon point de départ, c’est Natacha Kampusch. Cette histoire tellement affreuse et qui se termine comme un conte de fées à la fois m’a fascinée mais je me suis très peu documentée, seulement basée sur le fait divers. Par contre, le fait que la petite fille s’appelle Madison n’a rien à voir avec la petite Maddie/Madeleine parce que j’ai écrit le livre avant. Comme il y a une histoire avec “Twist”, c’était impossible de changer le prénom. C’est un simple hasard malheureux.

Outre l’enfermement, ce sont aussi les états d’âme d’une jeune fille que vous abordez.Comment peindre l’adolescence ?

Cela faisait longtemps que je souhaitais évoquer l’adolescence sans trouver de point de vue original. J’ai relu tous mes journaux intimes, ce qui n’est pas forcément un exercice agréable… J’avais oublié à quel point les enfants sont cruels entre eux, c’est horrible d’avoir 12 ans ! Mais c’est un âge intéressant dans la mesure où il s’agit d’une transition, sans doute le moment de la vie où l’on est le plus vivant car le champ des possibles est infini, la chrysalide devient papillon. Avec Madison, j’ai voulu montrer comment cette petite fille laisse percevoir la femme qu’elle devient peu à peu. Développer la question de la force de vie dans des conditions d’enfermement est un paradoxe qui m’intéressait.

La solitude aussi ?

Tous les personnages sont très seuls. Quand on est seul, on est confronté à soi-même. On est obligé de réfléchir à la raison pour laquelle on est là, ce qu’on fait…

Au fond, c’est un roman sur la liberté ?

J’ai choisi un sujet pour parler du contraire. Evoquer la liberté en traitant une séquestration. Il y a une forme d’apprentissage, plus qu’un roman de la disparition, c’est un roman de l’apparition. Chacun apprend. Je souhaitais surtout montrer comment cette petite fille est infiniment plus libre que tous les gens qui sont dehors parce qu’ils ont cette tendance à s’enfermer dans de mauvais schémas alors que nous sommes libres de nos mouvements. La capacité à être heureux, c’est aussi un état d’esprit et on l’oublie parfois. Pour être heureux, il faut déjà le décider et ne pas se laisser enfermer par tout un tas de parasites.

Photo : Tanguy Jockmans

12.09.2008

Serge Bramly

fe66a155b20a6855d28383fbd11829ca.jpgEssayiste, romancier, amateur de photographie, Serge Bramly, né à Tunis en 1949, livre un roman surprenant qui retrace la face cachée de l’Histoire de la fin du XXe siècle. “Le premier principe Le second principe” (JC Lattès, 614 pp., env. 22 €) révèle toutes les affaires d’État au travers de quatre personnages, une princesse britannique, le photographe qui la traquait, un marchand d’armes suisse, un Premier ministre français qui pourrait s’appeler Pierre Bérégovoy. Depuis le mariage de lady Di en 1981 jusqu’à l’aube du XXe siècle sur les bords de la mer de Chine, Serge Bramly extrait la vérité des dissimulations et mensonges éhontés, avec un souffle littéraire ambitieux mais subtil.

Pour retracer l’histoire secrète de ces trente dernières années, vous avez dû effectuer un grand travail de documentation ?

Oui, mais c’était agréable. En réalité, je voulais écrire un livre qui se déroulerait dans les années 80 avec un photoreporter comme héros parce que ce métier est extraordinaire. En une journée, ils peuvent photographier une miss nue dans sa chambre d’hôtel puis assister à un discours au parti socialiste et à un colloque à la Sorbonne et finir par un concert de rock. J’aime cette idée d’avoir un pied dans toutes les couches de la société.

Qui est Max Jameson, votre héros ?

Ce photographe a été très proche d’un certain Premier ministre suicidé, il était aussi sur les traces d’une princesse, il avait une Fiat uno… C’est très romanesque, cet homme lié à deux disparitions tragiques et qui, lui-même, est décédé dans des circonstances pleines de mystère.

Tout est vrai. Rien n’est vrai. C’est un roman”. L’exergue sème le trouble…

Dans les faits, tout est vrai. Dans leur agencement et leur interprétation, rien n’est vrai. C’est le propre du roman. Je suis au plus près de la réalité mais je fais quand même jouer l’imagination dans ce que la vérité me laisse comme intervalles.

Quels sont ces deux principes de la thermodynamique ?

Ces lois ont été découvertes lors de la machine à vapeur mais on s’est rendu compte qu’elles sont universelles, applicables au cosmos. Le premier principe explique que tout corps se refroidit au contact d’un corps froid et que dans un système clos, le désordre est croissant. C’est proche de la pensée chinoise avec le yin et le yang. Dans la philosophie occidentale, on se définit par l’essence alors que dans la civilisation chinoise, on se définit par rapport à l’autre. On est quelqu’un vis-à-vis de quelqu’un. Ce sont aussi les procédés du roman. On commence par définir les personnages dans leurs rapports les uns aux autres. L’entropie, c’est aussi explorer la manière dont cela va évoluer.

Vous avez dit admirer les séries américaines pour leur maîtrise de la narration…

Elles m’influencent beaucoup. Sur le fait que le livre soit long et qu’il y ait beaucoup de personnages dont les vies s’entremêlent. Elles réinventent quelque chose qu’on avait oublié : une histoire peut se raconter de manière linéaire mais aussi de dizaines d’autres façons. Du point de vue technique, les scénaristes sont des génies. La brillante invention du “flash forward” en est l’illustration. La maîtrise de l’intrigue et de la narration est incroyable. Cela renoue avec la littérature de feuilletons du XIXe siècle, Alexandre Dumas par exemple.943a5c0eee9506e49676234848efc06d.jpg
Photo : Tanguy Jockmans

03.07.2008

Isabelle Autissier

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Isabelle Autissier s’est aventurée en Géorgie du Sud, île proche de l’Antarctique.

Accompagnée de trois alpinistes et de deux marins, elle a mené un projet inédit.

Rencontre avec la navigatrice

Les cinquantièmes, les initiés en frissonnent. Dans ces mers du bout du monde, peu d’hommes osent s’aventurer. Pourtant, c’est à bord d’Ada, voilier de quinze mètres à la coque en alu, qu’Isabelle Autissier a mené une expédition aux confins de la Terre. Après deux mille kilomètres de navigation à l’est d’Ushuaïa, l’île de roc et de glace à la faune subantarctique impressionnante est en vue.

Le début d’une aventure inédite initiée par la navigatrice et Lionel Daudet, guide de haute montagne, accompagnés de deux autres marins et montagnards, prend forme. Réunis par leur esprit d’aventure, ils ont décidé de découvrir la Géorgie du Sud, île extrêmement isolée faisant partie du territoire d’outre-mer britannique, les alpinistes, en la traversant, les marins, en la contournant, épreuves rendues difficiles par les conditions climatiques.

 Pendant presque trois mois, les six aventuriers gravissent des sommets et affrontent les vagues glacées dans une expérience de partage intense. En osmose, les montagnards commencent à naviguer tandis que les marins sont initiés à l’escalade. Discipline à laquelle Isabelle Autissier a pris goût puisqu’elle rendra visite à Lionel Daudet l’été prochain, à la découverte des Alpes... Cette confiance commune née sur La montagne posée sur la mer, ils ont décidé de la partager en racontant leur aventure dans Versant Océan.

 En forme d’abécédaire, pour être “plus libres” et “parler seulement de ce qui est important”, ils livrent au cours des brefs chapitres – tels “peu” ou “zen” – leurs expériences mais aussi leurs réflexions car de cette aventure, au-delà de la performance sportive, ce sont leurs valeurs communes qu’ils souhaitent transmettre : solidarité (dans la cordée comme dans l’équipage), aventure, sagesse.

Isabelle Autissier, comment est la Géorgie du Sud ?

C’est un endroit très inconnu, lointain et complexe pour y arriver. Cela représente tout ce que j’aime : aller au-devant d’une incertitude. Bien entendu, on essaie de préparer et on s’entoure d’un maximum de précautions mais j’apprécie quand les choses ne nous sont pas données, qu’elles ne sont pas trop simples. La Géorgie du Sud, c’est une nature quasiment vierge qui vous donne beaucoup de perspective sur ce que vous êtes, c’est-à-dire, un élément d’un ensemble vivant qui, a priori, n’a pas besoin de vous pour exister.”

On se sent tout petit ?

 “Oui et en même temps, on ressent la spécificité pour l’être humain d’être à cet endroit. Mais bien sûr, on est petit, il suffit d’une vague pour retourner le bateau, d’une avalanche, on n’est rien et pourtant, notre spécificité d’être humain, qui est de penser, fait que l’on réussira si on comprend. Si on entre en connivence avec cet endroit, ses règles, son fonctionnement, c’est là que cela devient intéressant. C’est pour cela qu’il faut du temps.”

Il y a aussi une dimension écologique à votre voyage ?

 “Pour moi, c’est important d’en parler et c’est pour cette raison que j’ai écrit ce livre. J’aurais très bien pu y aller avec des copains pour m’amuser et ne rien dire à personne. Pourtant, ce serait presque trahir ces endroits. Les tour-opérateurs ne nous ont pas attendus pour aller en Géorgie du sud. Mais une meilleure connaissance partagée peut permettre de mieux défendre et protéger cet endroit. Ce que l’on ne connaît pas, on ne peut pas le défendre. Pourquoi ne pas laisser aux gens le bonheur de voir ces endroits dans une dimension stricte et respectueuse ?”

Vous avez partagé cette aventure avec des montagnards...

“Chacun avec ses objectifs, pour nous, contourner l’île, pour les alpinistes, la traverser, nous avons partagé des fondamentaux presque philosophiques : pourquoi est-on là ? Qu’est-ce qui nous enthousiasme ? Qu’est-ce qui nous tient à cœur ? En confrontant nos diverses pratiques, on découvre qu’on a beaucoup de choses en commun : la notion de risque, l’esprit d’aventure, la solidarité, l’équipage, la cordée. Le côté humain est presque aussi important que ce qu’on a fait sur l’île.” L’aventure, c’est le risque, donc la sagesse du renoncement... Vous en aviez parlé avant de partir ? “Bien sûr, on en a beaucoup parlé parce que je pensais que les montagnards étaient des casse-cou. J’ai vite changé d’avis. Les gens qui étaient avec moi avaient acquis le fait que pour pouvoir être un bon montagnard, il faut savoir renoncer et que ce n’est pas une honte, bien au contraire. Il arrive que la nature ne nous laisse pas passer et bien, on ne passe pas sinon nous courons à la catastrophe. Par exemple, le Sugartop, ils ont essayé trois fois et n’ont pas réussi. De même, c’était ma responsabilité de dire si on pouvait aller les chercher ou pas, ils ont parfois attendu longtemps.”

 La Terre est si petite aujourd’hui, comment l’esprit d’aventure peut-il perdurer quand il reste si peu de chose à explorer ?

“L’esprit d’aventure, c’est s’engager fortement et aller au-devant d’un inconnu, de l’accepter. Nous, on part en se disant qu’on va essayer d’aller là-bas. On aurait pu ne pas y arriver. Après deux jours, on a cassé la bôme, si on avait démâté, ça se serait arrêté là. On a accepté. Il faut se couler dans une réalité et comprendre les règles du jeu.”

Malgré les conditions difficiles, vous semblez avoir pris beaucoup de plaisir à ce voyage. C’est un rêve de plus qui se réalise ?

“Oui ! C’est la boîte à bonheur. Finalement, le manque de confort vous permet de vous concentrer sur l’important. On s’allège, on se libère l’esprit pour s’occuper de l’essentiel. Cette démarche me permet d’aller au fond des choses et quand je rentre, j’ai le sentiment d’avoir approché ma vraie nature, ce que je suis vraiment et cela me permet de mieux vivre ici. Je suis plus authentique, plus proche de moi-même. Ce n’est pas le risque pour le risque, c’est un outil qui permet d’aller plus loin parce que c’est inhérent à cette histoire-là. Ces moments qu’on a vécus tous ensemble sont très forts, pleins d’harmonie. Quand on a connu des accomplissements pareils, ça vous aide à vivre, ça vous accompagne.”

Crédit photo : Johanna de Tessières

30.06.2008

Denise Bombardier

4911c9dc8e0ea4965c8bc68d59c2d9c4.jpgC’est une blessure d’amitié qui a guidé Denise Bombardier, journaliste, romancière et essayiste québécoise, à prendre la plume pour coucher sur le papier ce sentiment dont la portée lui est apparue subitement. “C’est tellement important dans la vie des femmes. Cette rupture m’a tant secoué au point que cela m’a étonnée. J’ai écrit d’une certaine manière pour comprendre, mais je ne voulais pas en faire une chose personnelle.”

De la petite enfance à l’âge mur, Denise Bombardier évoque les liens d’amitié qu’entretiennent les femmes tout au long de la vie en remarquant que si on ne garde plus les mêmes amis, les relations changent aussi en fonction de l’époque. “Dans l’ancien temps, la famille comptait plus. Aujourd’hui, les amis constituent une valeur plus importante, surtout pour les jeunes qui font partie de la génération du divorce.”

 La confidence et l’intimité demeurent la particularité de l’amitié féminine selon Denise Bombardier, alors que “les hommes sont amis simplement parce qu’ils font des choses ensemble. Deux femmes ne seront pas amies parce qu’elles jouent au tennis dans le même club”.

Riches de cette proximité, les relations féminines sont aussi plus complexes et passionnées car les femmes s’investissent avec le cœur, comme une histoire d’amour. “Une amie, c’est quelqu’un avec qui on partage un sentiment avant toute chose.” Si un cercle d’amies peut se retrouver mouvementé par l’arrivée d’un homme, parce que certaines n’oseront plus se confier ou tenteront de le séduire, c’est aussi parce qu’on ne peut exiger la fidélité, “si on a des amies possessives, cela altère la relation.”

 LECTURE D’ÉTÉ ENTRE AMIES

 L’amitié homme-femme ? Denise Bombardier n’y croit pas du tout sauf si l’homme est homosexuel, alors, il n’y a pas d’ambiguïté explique-t-elle, “on ne peut être amie avec un homme que si on a partagé la plus stricte intimité avec lui. Il faut que ce mystère soit résolu. C’est une question de nature”. Dans “Nos chères amies”, les clichés ne manquent pas et on ressent que l’essai vacille vers le témoignage. Les femmes se reconnaîtront dans quelques aspects seulement de ce portrait tandis que les hommes n’apprendront rien sur les femmes qu’ils ne sachent déjà. Par ailleurs, comme chaque femme est différente, aucune amitié ne se ressemble et il est assez hasardeux d’énoncer des vérités générales. Agréable à lire, cet essai ravira toutefois les copines pour une lecture d’été car, après tout, “l’amitié est très précieuse. Qu’est-ce qu’une vie de femme sans amie ? A qui se confier, à qui parler ?”

 En tout cas, Denise Bombardier, qui suit sa compatriote Céline Dion sur les routes depuis quelques mois dans l’objectif d’écrire un livre sur le “phénomène Céline Dion”, avoue ne s’être pas liée d’amitié avec la chanteuse. “Ce n’est pas possible d’être son amie parce qu’on ne peut pas demander à Céline de donner plus que ce qu’elle donne déjà sur scène. Son type de célébrité s’allie à une grande solitude.”

Nos chères amiesDenise Bombardier Albin Michel, 165 pp., env. 14 €

12.06.2008

Maxime Chattam

2154d545f47b8b5a55bc6abe4383a6b7.jpgMaxime Chattam publie un thriller inquiétant mêlant le réel et l’imaginaire. “La théorie Gaïa” achève la trilogie qui explore les facettes obscures de l’homme.

 

Après “Le sang du temps”, vendu à 500 000 exemplaires dans le monde, les deux derniers ouvrages de l’auteur, “Arcanes du chaos” et “Prédateurs”, premiers volets d’une trilogie qui s’intéresse aux origines du mal chez l’homme, ont été tirés en France à 120 000 exemplaires. “La théorie Gaïa” (Albin Michel, 405 pp., env. 22 €), le troisième opus, vient de paraître et, à l’instar des romans précédents, il mêle les genres et développe des théories inquiétantes.

Nourri par des études en criminologie et de multiples lectures de thrillers, romans fantastiques ou d’horreur, Maxime Chattam explore, en héritier de Stephen King, les ténèbres de l’humanité. Entre anticipation et thriller, “La théorie Gaïa” montre une nouvelle fois que le jeune auteur manie l’art de suspense.

Résumé:

Emma, la belle paléoanthropologue spécialisée dans l’évolution, son mari, Peter, généticien et Ben, son frère, spécialiste de la dynamique comportementale, sont missionnés par un technocrate de la Commission européenne sur des sites de recherches secrètes. L’une en Polynésie française, les deux autres à l’observatoire du pic du Midi, ils découvrent un lien terrifiant entre le développement exponentiel du nombre de tueurs en série et les catastrophes climatiques.

Rencontre avec l'auteur plein de gentillesse dans un café bruxellois.

L'interview intégrale :

Dans quelles conditions écrivez-vous ?

J'ai acheté une maison au milieu de la forêt en bois et en verre. Mon bureau a une grande verrière, je n'ai pas clôturé le jardin exprès, les animaux viennent. J'ai la vie et la nature sous les yeux. Certains me demandent si je n'ai pas peur dans cet environnement... rien ne peut m'arriver. Je ne me sens nulle part plus en sécurité que dans la forêt.

Vous vous intéressez aux Institutions européennes?

Cela m'intéresse dans la mesure où l'on ne peut pas nier que la majeure partie des lois qui régiront notre avenir se passent là. Je suis curieux de voir comment cela évolue. J'aime la figure du technocrate avec ce que cela implique de péjoratif. Notamment parce que je dénonce de plus en plus l'installation d'une lobbycratie à la place d'une démocratie et que les technocrates en sont en partie responsables. Cette vision m'intéressait pour le livre. Je me suis intéressé à leur fonctionnement et aux départements susceptibles de nourrir le roman.

Vous êtes écolo ?

Oui et non, je ne suis pas proactif dans le domaine de l'écologie. La question de l'homme dans la nature, du respect de la planète interpellent et m'intéressent. Ensuite, j'essaie de changer toutes les ampoules, je trie mes ordures, je ne supporte pas que quelqu'un jette un papier dans la rue et en même temps, j'ai acheté un 4x4, parce que j'ai privilégié la sécurité. Donc, pas de vraie conscience écologiste mais un intérêt, c'est évident. On ne peut pas tout faire d'un seul coup. Je vis avec le monde dans lequel je suis. De toutes façons, on sait tous ce qu'il faut faire mais on ne le fait pas pour des raisons d'argent. Il faut trouver des solutions. J'essaie de poser des questions. Dans l'essence de l'humanité, qu'est ce que nous sommes, d'où venons-nous et comment en est-on arrivé là ? Ce hiatus entre l'homme et ce que nous croyons être engendre un tel trauma que cela ne fonctionne pas.

La théorie de l'évolution est le pilier du roman ?

Cela rejoint la personnification de la terre. L'humanité est en symbiose avec la Terre jusqu'à ce que nous soyons trop nombreux et que la Terre soit obligée de se rebiffer. La nature est si bien faite qu'on ne peut pas imaginer que l'humanité s'en sorte. Tout est équilibre sur la Terre. Est-ce que l'équilibre de la Terre pourrait laisser proliférer une espèce trop bien armée? Dans les schémas de construction, ça semble étrange. J'imagine que l'ultraprédation de l'homme n'est qu'un cycle.

La Terre apparaît comme un organisme doué de pensée...

La vie est inscrite dans un fonctionnement, une dynamique qui n'appelle qu'une seule chose: la propagation. La vie est un cours d'eau. La vie, c'est une question de force, de logique.

Anticipation, réalisme, surnaturel, horreur, vous mélangez les genres...

Je les pense nécessaires. Pour parler de certains aspects de l'homme, il faut s'intéresser aux choses les plus noires. S'intéresser à un tueur en série, c'est la quintessence même de ce que l'on fait de pire; c'est le meilleur moyen d'appréhender ce que peut être le mal. Le mal est humain, pas animal donc c'est une invention de l'homme.L'a-t-on créé pour répondre à une attente ou pour expliquer des phénomènes? Je pense que c'est une pulsion, que c'est là, à l'intérieur. Certains experts disaient que les tueurs en série étaient des enfants malheureux. C'est faux, en réalité, on n'a pas d'explication. Et c'est exponentiel, ce n'est pas qu'on les voit mieux comme on le pensait dans les années 80 mais il y en a réellement de plus en plus et cela n'a rien à voir avec la démographie. Un élément de réponse est dans le roman...

Quelques livres et films vous ont influencé ?

Clairement. J'ai voulu faire un roman qui est parfois un clin d'oeil à différents films et livres, séries, qui m'ont passionné mais dans le domaine du genre. "Jurassic park" est un livre qui m'a beaucoup marqué par exemple, le livre, pas le film qui a dénaturé l'histoire. On retrouve une ambiance aussi d'"Alliens" de James Cameron pour le côté "sous-sol où le danger peut surgir à n'importe quel moment".

Les codes du suspense s'apprennent?

J'ai assimilé cela au fil de mes lectures. J'ai appris à construire mes goûts et à m'analyser. De fil en aiguille, j'ai prêté plus d'attention à la structure. Grâce à cela, j'ai assimilé ces techniques. J'écris comme j'aimerais lire.

Des projets ?

Je bouillonne d'idées. J'ai plusieurs livres en tête en permanence. Pendant que j'en rédige un, j'accumule de la documentation pour les deux ou trois suivants. Avant "La théorie Gaïa", j'en ai écrit un qui paraîtra en novembre. Ça fait un an et demi que je pense à un roman policier qui se passera à Paris dans les années 1900, pendant l'exposition universelle. Cela me permet d'anticiper et d'être sûr de l'histoire que je veux et des idées que je veux faire passer. Je fais des repérages, je prépare... je suis tout le temps actif, je n'arrive pas à m'arrêter.

 

Crédit photo : Christophe Bortels

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